Les bronzes de Brandily font dans la dentelle

 

Alors que ses sculptures s’arrachent dans le monde entier, l’artiste star de Dinan publie un livre sur sa vie et ses oeuvres. Pour l’occasion, il organise des journées dédicaces, à sa galerie ce week-end.

« Moi une star ? Mais non voyons. » Jean-Luc Brandily ne se contente pas d’être l’artiste dinannais le plus connu, hors des murs de la cité médiévale, d’avoir ses sculptures aux catalogues des plus prestigieuses galeries d’art de Paris ou même d’Europe et de les vendre à des collectionneurs avisés et passablement riches. En plus, il est modeste. Et tous ceux qui le connaissent vous diront que ce n’est pas une posture. « Je ne me considère pas comme un artiste, lance-t-il dans un sourire pour ceux qui auraient un doute. Je suis plutôt un artisan de la belle ouvrage. »

Une humilité qui lui vient sans doute de ses parents. Né en 1960, à Saint-André-des-Eaux, Jean-Luc Brandily grandit à Caulnes, où son père était préposé des PTT. Après des formations d’ébénisterie et de sculpture ornemaniste, il intègre l’école Boulle, une des plus grandes écoles d’Arts appliqués du monde.

En 1983, il s’installe rue du Jerzual. « Au début, je faisais surtout de l’alimentaire, afin de gagner ma vie », se rappelle-t-il.

Il ne connaît pas la crise

Durant des années, dans son atelier, il perfectionne son geste, cherche de nouvelles voies, s’abîme les muscles et les articulations à cause de la résonance des ondes de chocs à répétition en taillant directement le bois. Mais son acharnement porte ses fruits.

« Des collectionneurs se sont mis à me suivre et à me passer de plus en plus de commandes. »

Arrive alors un tournant dans sa carrière artistique. « J’ai découvert le bronze. » Une révélation. Et un envol. « J’ai commencé par des petites pièces, des nues, qui se sont vite arrachées. »

Suit une période axée sur la danse où ses ballerines rivalisent de grâce avec leurs robes dentelées. Un vrai travail d’orfèvre. « Je suis fasciné par les équilibres et les mouvements des corps. »

Il ne semble pas être le seul. « J’ai des clients très fortunés qui m’achètent plusieurs sculptures par an. » Des collectionneurs, mais aussi des politiciens, des acteurs, des hommes d’affaires célèbres. « Mais je ne vous dirai pas leurs noms », glisse-t-il en baissant la voix.

Quand on sait que ses sculptures vont de 8 000 à 60 000 €, on comprend que les-dits clients préfèrent la discrétion.

Chose certaine, l’art de Jean-Luc Brandily ne connaît pas la crise. « Je n’ai jamais autant travaillé que ces dernières années. En période de crise, la beauté et le luxe deviennent un refuge. » Et un investissement. « Mes oeuvres d’il y a dix ans valent le double de leur prix d’achat maintenant. »

Et il y a de fortes chances que celles qu’il vend aujourd’hui connaissent le même sort.

Mais n’allez pas croire que l’argent intéresse particulièrement l’artiste. « Bien sûr quand un couple de Russes m’achète trois grandes sculptures d’un coup, je ne suis pas mécontent. Mais je ne suis pas sûr qu’ils apprécient vraiment mon travail. Ce qui leur plaît, c’est le prestige, le clinquant. »

Non, ce qui satisfait le plus Jean-Luc Brandily, ce sont ces gens modestes qui, durant des années, passent régulièrement voir ses sculptures à sa galerie, sans rien acheter. « Et un jour, ils craquent parce que ce sont de vrais amateurs d’art. Alors même quand ils m’achètent une petite danseuse à 8 000 € qu’ils vont me payer en trois ans, je trouve ça magique. » Humble, on vous dit.